S’il y a bien une chose qui revient systématiquement dans la conversation quand on parle de nos activités, c’est la précarité du métier de brodeuse. En tant que brodeuse indépendante, si tu travailles pour la mode et a fortiori dans les ateliers pendant les collections, tu es dépendante d’un calendrier bien établi et du rythme des défilés. Cette activité peut générer des revenus en dents de scie, fluctuants, difficiles à prévoir et à anticiper. Avec parfois une grosse rentrée d’argent d’un coup, et puis plus rien pendant plusieurs semaines.
Et en soi, c’est beaucoup plus difficile à gérer qu’un revenu faible mais fixe. On peut en effet s’habituer à un revenu modeste en mettant en place un budget, même serré. Beaucoup de méthodes de finances personnelles que tu trouveras sur Internet s’appuient d’ailleurs sur l’idée que ton revenu est prévisible et n’évolue pas d’un mois sur l’autre. Mais c’est beaucoup plus compliqué lorsqu’on ne sait même pas combien on va gagner le mois prochain.
Heureusement, on n’est pas complètement démunies face à cette situation. Parce que oui, il existe une (voire des) solution(s), et on en parle maintenant :
« Il suffirait que je trouve plus de missions… »
C’est vrai que c’est souvent le premier réflexe qu’on a et en soi ce n’est pas bête du tout. Après tout, si ton activité est très saisonnière, trouver d’autres missions « hors saison » va te permettre de gagner un peu plus en période creuse et de moins subir cet effet « dents de scie ».
Cela peut passer par :
- trouver des clients récurrents : si ta mission se passe bien chez un client, il y a plus de chances qu’il te reprenne pour d’autres missions. Ce qui enclenche un cercle vertueux et t’aide à avoir plus de visibilité sur ton CA futur. Et donc in fine des revenus futurs plus prévisibles.
- diversifier tes activités : cela peut être donner des cours, animer des événements, vendre tes créations à des particuliers… Voire sortir complètement de la broderie quelques semaines et avoir une autre activité professionnelle, en attendant par exemple la prochaine collection.
Pourquoi ça ne va pas suffire ?
Toutes ces idées sont intéressantes évidemment pour augmenter ton CA sur l’année et il est important de prendre le temps d’y réfléchir sérieusement. Mais si tu espères arriver à un CA fixe chaque mois, autant te dire tout de suite que tu poursuis le mauvais objectif.
Aucune entreprise au monde n’arrive à un CA mensuel complètement stable, quels que soient sa taille et son secteur d’activité. Bien sûr, il y a des activités plus saisonnières que d’autres. Tout le monde n’est pas moniteur de ski ou fabricant de glaces artisanales… Mais même sur des business « stables », personne n’arrive à un CA mensuel fixe.
Prends par exemple ton boulanger, ou ta salle de sport si tu préfères. Leurs clients sont hyper récurrents, parce qu’ils paient un abonnement, ou qu’ils ont l’habitude d’acheter tous les jours une baguette. Et pourtant, la salle de sport aura un pic d’activité en septembre et un en janvier. Le boulanger, lui, aura des pics d’activité à d’autres moments de l’année (bûches de Noël, galettes des rois…).
Donc la récurrence de l’activité n’est qu’une partie de la réponse, mais elle ne sera probablement pas suffisante.
Comment avoir un revenu fixe alors ?
La réponse tient en une seule phrase, qu’on ne répètera jamais assez : TON CA N’EST PAS TON REVENU ! Tu te souviens, on en parlait déjà dans cet article : 3 idées reçues sur ton revenu en micro-entreprise
Donc, en gros, l’idée va être d’utiliser ta trésorerie comme tampon entre les fluctuations de ton CA et la stabilité du revenu que tu te verses à la fin du mois.
Le principe général
Prends l’ensemble des revenus que tu t’es versés l’année dernière et fais-en une moyenne. On va dire, pour l’exemple, qu’en moyenne tu es capable de te verser 1600€ par mois. Donc certains mois tu peux te verser 2200€, et d’autres seulement 1000€, ce qui fait bien une moyenne de 1600€.
À partir de là, tu peux décider de te verser 1600€ tous les mois, QUEL QUE SOIT TON CA DU MOIS. Donc les mois où tu pourrais te verser 2200€ de revenu, tu vas en fait garder 600€ de côté, bien au chaud dans ta trésorerie. Et ressortir ces 600€ les mois où ton revenu n’atteint que 1000€. Tu me suis ?
Ok pour la théorie, mais c’est pas si évident à appliquer en pratique…
En effet, dans la vraie vie, tu ne vas pas enchaîner les mois où tu fais beaucoup de CA et ceux où tu en fais beaucoup moins de manière très régulière. Et c’est pour cette raison que tu vas devoir te créer une marge de sécurité. Ainsi même si tu enchaînes 3 mois de creux d’activité, avec un CA à 0€, tu pourras continuer malgré tout à sortir 1600€ chaque mois de ta trésorerie pour te payer.
Idéalement, tous les experts te recommanderont d’avoir entre 3 et 6 mois d’avance de trésorerie, voire jusqu’à 12 pour les plus prudents. Pour être sûre de pouvoir te verser 1600€ tous les mois, il faudrait donc avoir au minimum 3 x 1600 = 4800€ d’avance. Comme ça, même s’il y a 2 mois de creux d’affilée, tu as toujours ce qu’il faut pour te payer.
Et là, il n’y a pas de secret : pour constituer cette trésorerie, il va falloir faire un petit effort au démarrage. Donc au début, au lieu de te verser 1600€, tu vas plutôt viser 1500€, voire moins si tu peux te le permettre. Évidemment, plus tu fais un effort intense au début, plus ta trésorerie va se constituer vite. Et dès que tu atteins ton objectif de trésorerie, soit 3 à 6 mois d’avance de revenus, tu pourras à nouveau augmenter ton revenu (et souffler un peu !).
Attention : on ne mélange pas trésorerie et épargne perso !
Tu as l’impression de faire déjà la même chose, en versant une partie de tes revenus sur ton livret A ? Tu te dis peut-être que c’est ta poche de sécurité en cas de coup dur, et que tu pourras piocher dedans lorsque ton CA du mois n’est pas suffisant pour te payer.
Sauf que ça n’est vraiment pas idéal. En effet, tu te retrouves à mélanger de l’argent qui doit te servir à vivre dans les mois qui viennent et de l’argent qui sert à financer tes projets perso (payer tes vacances, te racheter une machine à laver…). Le risque, c’est évidemment de financer tes vacances avec de l’argent dont tu aurais eu besoin 3 mois plus tard pour payer ton loyer…
C’est pourquoi il est aussi important que ta trésorerie reste bien sur un compte dédié à ton activité professionnelle. Ainsi tu seras moins tentée d’aller piocher dedans pour autre chose que sa seule raison d’être : pouvoir continuer à te payer !
Trésorerie professionnelle et épargne personnelle sont complémentaires
Attention, je ne te dis évidemment pas de laisser tomber le livret A. Il faut simplement éviter de tout mélanger :
- ta trésorerie, c’est pour te permettre de dormir la nuit sur tes deux oreilles, sans te torturer le cerveau pour savoir si tu auras gagné assez d’argent pour payer ton loyer le mois prochain.
- ton épargne personnelle c’est pour les coups durs (ta voiture qui tombe en panne) et les projets perso (comme les vacances). Tout ce qui est trop gros pour rentrer dans tes dépenses personnelles courantes du mois, et qui demande un peu d’anticipation.
Ainsi, l’idée est de garder en trésorerie l’argent dont tu te serviras dans les prochains mois pour te payer un revenu fixe, le même d’un mois sur l’autre. Et avec ce revenu fixe, tu en mets une petite partie chaque mois sur un livret, comme épargne perso. Et là, tu as un système au top pour stabiliser ton budget, et ne plus jamais tomber dans le piège de la précarité.
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